L’immigration italienne à Lausanne
Lausanne ne serait pas Lausanne sans l’immigration italienne. Sans immigration, d’ailleurs. Permettez-moi de vous présenter l’histoire de Gianfranco Gazzola, qui illustre le rôle majeur de l’immigration italienne dans la construction sociale et politique de Lausanne.
À Vidy, les vestiges romains nous rappellent que notre ville est traversée depuis plus de deux mille ans par des histoires mêlées. Mais parlons d’un passé plus proche, plus concret, plus présent dans nos quartiers : celui des vagues migratoires italiennes du XXᵉ siècle.
Des milliers de femmes et d’hommes sont venus travailler en Suisse. D’abord à la fin du XIXᵉ siècle lors des grands chantiers – le tunnel du Gothard, les infrastructures ferroviaires – puis durant le boom économique d’après 1945. Dans le bâtiment, l’industrie, les services. Ils ont construit des routes, des immeubles, des quartiers entiers.
Mais l’Italie n’a pas exporté que des bras. Elle a exporté des personnes. Des consciences. Des militants. Des syndicalistes. Une culture ouvrière forgée par les luttes sociales et par l’héritage antifasciste. Il existe même cette légende tenace selon laquelle l’Italie se débarrassait volontiers de ses ouvriers trop engagés en les laissant partir vers le Nord. Qu’elle soit exacte ou non importe peu.
Ce qui est sûr, c’est que l’immigration italienne n’a pas seulement fourni de la main-d’œuvre. Elle a aussi construit des solidarités, des réseaux politiques et des conquêtes sociales pour les travailleurs migrants : défense syndicale, accès aux assurances sociales, reconnaissance progressive des droits politiques.
Gianfranco Gazzola appartient à cette histoire-là. Mais ce qui me marque chez lui, c’est une chose simple : lorsqu’on évoque ce passé, il ne s’y enferme pas. Il rappelle toujours que le passé est passé. Et qu’il faut regarder vers l’avenir.
Dans la tradition politique dont il est issu, un mot revenait souvent pour résumer cette idée : l’avvenire. L’avenir.
Immigration italienne : travail, dignité, organisation
Pendant longtemps, les travailleurs italiens ont été tolérés pour leur force de travail, mais rarement reconnus pour leur pleine humanité.
Statuts précaires. Permis saisonniers. Logements exigus. Discriminations sociales.
Et parfois une violence plus silencieuse encore. Parce que les permis saisonniers ne permettaient pas toujours le regroupement familial, certains enfants vivaient cachés. On les appelait parfois les «enfants du placards» (lien RTS) : ils grandissaient dans des appartements trop petits, sortaient peu, évitaient les regards.
Cette réalité a marqué toute une génération.
Face à cela, les travailleurs migrants ont fait ce que les classes populaires font lorsqu’elles n’ont pas le luxe de l’indifférence : ils se sont organisés dans les syndicat, réseaux d’entraide, structures communautaires. Parmi ces structures, les Colonies Libres italiennes ont joué un rôle central.
Nées dans l’exil antifasciste, elles furent des lieux de solidarité sociale, d’accompagnement administratif, d’éducation populaire et de transmission antifasciste. Mais aussi, très concrètement, des bureaux populaires d’entraide et de réseautage solidaire.
On y trouvait de l’aide pour remplir un formulaire, comprendre un contrat, chercher un logement ou trouver du travail. Les nouveaux arrivants y rencontraient celles et ceux qui étaient arrivés avant eux. À Lausanne comme ailleurs, ces lieux ont structuré des générations.
C’est dans cet univers que s’inscrit l’arrivée de Gianfranco Gazzola.
Arrivée en Suisse
Gianfranco Gazzola arrive en Suisse en 1973, depuis Milan. Il vient par amour. Mais il découvre rapidement une réalité encore marquée par la méfiance envers les Italiens. Les travailleurs étrangers sont nombreux, indispensables à l’économie, mais souvent considérés comme des personnes de passage. Dans ce contexte pourtant, la colonie italienne développe une vie politique étonnamment intense.
À Genève, par exemple, le Parti communiste italien compte alors plusieurs sections, chacune organisant une réunion par semaine. Une activité militante qui impressionne profondément le milanais. Il dira plus tard qu’il y avait parfois plus de réunions politiques là qu’à Milan.
Le samedi, certains camarades partent même chercher L’Unità, le journal historique du PCI, directement à Milan pour le distribuer ensuite dans toute la Suisse romande dès le dimanche.
Mais ce qui le marque le plus n’est pas seulement la politique.
C’est la force de l’engagement de ces travailleurs. Après des journées passées sur les chantiers, dans les usines, hommes et femmes consacrent encore leurs soirées et leurs week-ends à organiser des réunions, distribuer le journal et faire vivre le parti.
Cette discipline militante et ce sens du devoir collectif l’impressionnent profondément.
En 1975, il décide alors de reprendre sa carte au PCI — le Parti communiste italien.
Une culture politique héritée
Cet engagement ne naît pas seulement en Suisse. Il s’enracine dans une histoire familiale. Gazzola est fils d’un communiste, ancien partisan. Dans l’Italie de l’après-guerre, cela signifie beaucoup. Très jeune, il possède la carte des pionniers du PCI. Pour lui, la politique n’est pas une abstraction. C’est une responsabilité morale héritée de la lutte antifasciste.
Celle d’une génération qui croyait aux victoires politiques
Avant Lausanne, il y a Milan. Et avec Milan, toute une époque. Gianfranco a vécu Mai 68 et l’Autunno caldo, ces grandes mobilisations ouvrières qui bouleversent l’Italie à la fin des années 1960. la décennie qui suit est alors remplies d’espoir et l’hégémonie culturelle partout : dans les livres, dans le cinéma, dans la culture politique de l’époque, on ne parle pas d’une hypothétique victoire.
On parle de victoires en cours : La révolution cubaine. Les luttes de libération en Afrique.
L’expérience socialiste au Chili avant le coup d’État de 1973. Aujourd’hui cette confiance peut sembler naïve. Mais à l’époque, rappelle Gianfranco, elle était la norme.
L’INCA : défendre concrètement les droits
Plus tard, cet engagement prend une forme très concrète avec l’INCA, organisme d’assistance sociale lié historiquement au mouvement syndical italien.
Concrètement, cela signifie :
- accompagner les travailleurs migrants dans leurs démarches
- défendre leurs droits aux assurances sociales
- faire valoir les pensions
- intervenir en cas d’accident du travail
- traduire le droit dans la réalité vécue
L’INCA n’est pas une administration lointaine. C’est une présence. Une porte où l’on peut entrer, expliquer sa situation et trouver quelqu’un qui comprend. Gazzola s’inscrit dans cette tradition de militantisme patient et concret, ancré dans la vie quotidienne des travailleurs.
Du terrain à l’institution
Lorsque les étrangers obtiennent le droit d’éligibilité au Conseil communal de Lausanne, il décide de se présenter et il fait partie de cette première génération issue de l’immigration qui entre dans la vie politique communale. Mais il refuse de jouer le rôle de « l’étranger ». Non pas par honte, il ne se présente pas comme quelqu’un à qui l’on ferait une place. Il est là de plein droit et de plein gré. Entrer dans l’institution avec cette mémoire ouvrière, cette expérience syndicale et cet héritage antifasciste, ce n’est pas un détail.
C’est faire entrer dans la salle des décisions une autre histoire de la ville.
Ce que ces trajectoires nous disent
Ces histoires ne sont pas seulement des biographies individuelles. Elles racontent une histoire collective. Une histoire faite de migrations, de luttes, d’espoir et de solidarités qui ont façonné Lausanne autant que ses institutions.
Pendant longtemps, la gauche savait encore trouver un dénominateur commun minimal pour agir ensemble. Les droits sociaux et démocratiques n’ont jamais été des cadeaux. Ils ont été conquis. Mais raconter ces parcours n’est pas un exercice de nostalgie.
Gianfranco Gazzola lui-même le rappelle souvent : le passé est passé.
Ce qui compte, c’est l’avvenire. L’avenir. Et se souvenir de ces trajectoires, ce n’est pas regarder en arrière. C’est se demander ce que nous faisons aujourd’hui de cet héritage. Parce qu’une ville n’est pas seulement faite de bâtiments et d’institutions.
Elle est faite de celles et ceux qui, génération après génération, décident que la dignité mérite d’être défendue.
Et que l’avenir mérite toujours d’être construit.
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Le lien avec les Colonies libres italiennes et l’antifascisme
Et cet article s’inscrit dans une série de portraits lausannois. J’ai également écrit sur : Alain Hubler et la politique communale à Lausanne
Versione italiana
Gianfranco Gazzola: memoria dell’immigrazione rivolta verso l’avenire
Losanna non sarebbe Losanna senza l’immigrazione italiana.
Senza immigrazione, in realtà.
Permettetemi di raccontarvi la storia di Gianfranco Gazzola, che illustra bene il ruolo fondamentale dell’immigrazione italiana nella costruzione sociale e politica della città.
A Vidy, i resti romani ci ricordano che la nostra città è attraversata da più di duemila anni da storie intrecciate. Ma parliamo di un passato più vicino, più concreto, più presente nei nostri quartieri: quello delle ondate migratorie italiane del XX secolo.
Migliaia di donne e uomini sono venuti a lavorare in Svizzera. Prima alla fine del XIX secolo, durante i grandi cantieri – il tunnel del Gottardo, le infrastrutture ferroviarie – e poi durante il boom economico del dopoguerra.
Nel settore edilizio.
Nell’industria.
Nei servizi.
Hanno costruito strade, palazzi, interi quartieri.
Ma l’Italia non ha esportato soltanto braccia.
Ha esportato persone. Coscienze. Militanti. Sindacalisti. Una cultura operaia forgiata dalle lotte sociali e dall’eredità antifascista.
Esiste perfino una leggenda secondo cui l’Italia si liberava volentieri dei suoi operai più impegnati lasciandoli partire verso il Nord.
Che sia vera o no importa poco.
Ciò che è certo è che l’immigrazione italiana non ha soltanto fornito manodopera.
Ha anche costruito solidarietà, reti politiche e conquiste sociali per i lavoratori migranti: difesa sindacale, accesso alle assicurazioni sociali, riconoscimento progressivo dei diritti politici.
Gianfranco Gazzola appartiene a questa storia.
Ma ciò che mi colpisce di lui è una cosa semplice: quando si parla di questo passato, lui non vi rimane intrappolato. Ricorda sempre che il passato è passato. E che bisogna guardare avanti.
Nella tradizione politica da cui proviene, una parola riassumeva bene questa idea:
l’avvenire.
Immigrazione italiana: lavoro, dignità, organizzazione
Per molto tempo i lavoratori italiani sono stati tollerati per la loro forza lavoro, ma raramente riconosciuti nella loro piena umanità.
Statuti precari.
Permessi stagionali.
Alloggi angusti.
Discriminazioni sociali.
E talvolta una violenza ancora più silenziosa.
Poiché i permessi stagionali non permettevano sempre il ricongiungimento familiare, alcuni bambini vivevano nascosti. Venivano talvolta chiamati “i bambini degli armadi”: crescevano in appartamenti troppo piccoli, uscivano poco ed evitavano gli sguardi.
Questa realtà ha segnato un’intera generazione.
Di fronte a questa situazione, i lavoratori migranti hanno fatto ciò che le classi popolari fanno quando non hanno il lusso dell’indifferenza: si sono organizzati.
Sindacati.
Reti di solidarietà.
Strutture comunitarie.
Tra queste strutture, le Colonie Libere Italiane hanno avuto un ruolo centrale.
Nate nell’esilio antifascista, furono luoghi di solidarietà sociale, di accompagnamento amministrativo, di educazione popolare e di trasmissione della memoria antifascista.
Ma anche, molto concretamente, veri e propri uffici popolari di aiuto reciproco e di rete solidale.
Si trovava aiuto per compilare un modulo, capire un contratto, cercare un alloggio o trovare lavoro. I nuovi arrivati incontravano chi era arrivato prima di loro.
A Losanna come altrove, questi luoghi hanno strutturato generazioni intere.
Ed è in questo universo che si inserisce l’arrivo di Gianfranco Gazzola.
L’arrivo in Svizzera
Gianfranco Gazzola arriva in Svizzera nel 1973, da Milano.
Viene per amore.
Ma scopre rapidamente una realtà ancora segnata dalla diffidenza verso gli italiani.
I lavoratori stranieri sono numerosi, indispensabili per l’economia, ma spesso considerati come persone di passaggio.
In questo contesto, tuttavia, la comunità italiana sviluppa una vita politica sorprendentemente intensa.
A Ginevra, per esempio, il Partito Comunista Italiano conta diverse sezioni, ognuna con una riunione settimanale.
Un’attività militante che impressiona profondamente Gazzola.
Dirà più tardi che a volte c’erano più riunioni politiche lì che a Milano.
Il sabato alcuni compagni partivano perfino per Milano per recuperare L’Unità, lo storico giornale del PCI, e distribuirlo poi la domenica in tutta la Svizzera romanda.
Ma ciò che lo colpisce di più non è soltanto la politica.
È la forza dell’impegno di questi lavoratori.
Dopo giornate passate nei cantieri o nelle fabbriche, uomini e donne dedicavano ancora le loro serate e i loro fine settimana a organizzare riunioni, distribuire il giornale e far vivere il partito.
Questa disciplina militante e questo senso del dovere collettivo lo impressionano profondamente.
Nel 1975 decide quindi di riprendere la sua tessera del Partito Comunista Italiano.
Una cultura politica ereditata
Questo impegno non nasce soltanto in Svizzera.
Affonda le sue radici in una storia familiare.
Gazzola è figlio di un comunista ed ex partigiano. Nell’Italia del dopoguerra questo significava molto.
Fin da giovane possiede la tessera dei pionieri del PCI.
Per lui la politica non è un’astrazione.
È una responsabilità morale ereditata dalla lotta antifascista.
Una generazione che credeva nelle vittorie
Prima di Losanna c’è Milano.
E con Milano, un’intera epoca.
Gazzola ha vissuto il Sessantotto e l’Autunno caldo, le grandi mobilitazioni operaie che hanno sconvolto l’Italia alla fine degli anni Sessanta.
Gli anni Settanta sono pieni di speranza.
Nei libri, nel cinema, nella cultura politica dell’epoca non si parla di una vittoria ipotetica.
Si parla di vittorie in corso:
la rivoluzione cubana,
le lotte di liberazione in Africa,
l’esperienza socialista in Cile prima del colpo di Stato del 1973.
Oggi questa fiducia può sembrare ingenua.
Ma all’epoca, ricorda Gazzola, era semplicemente la norma.
L’INCA: difendere concretamente i diritti
Più tardi questo impegno prende una forma molto concreta con l’INCA, organismo di assistenza sociale legato storicamente al movimento sindacale italiano.
Significa, concretamente:
• accompagnare i lavoratori migranti nelle loro pratiche
• difendere i loro diritti alle assicurazioni sociali
• far valere le pensioni
• intervenire in caso di infortunio sul lavoro
• tradurre il diritto nella vita reale
L’INCA non è un’amministrazione lontana.
È una presenza.
Una porta a cui si può bussare, spiegare la propria situazione e trovare qualcuno che capisce.
Gazzola si iscrive in questa tradizione di militanza paziente e concreta, radicata nella vita quotidiana dei lavoratori.
Dal terreno all’istituzione
Quando gli stranieri ottengono il diritto di eleggibilità al Consiglio comunale di Losanna, decide di candidarsi.
Fa parte della prima generazione proveniente dall’immigrazione che entra nella vita politica comunale.
Ma rifiuta di interpretare il ruolo dello “straniero”.
Non per vergogna.
Semplicemente perché non si presenta come qualcuno a cui si farebbe spazio.
È lì di pieno diritto e di piena volontà.
Entrare nelle istituzioni con questa memoria operaia, questa esperienza sindacale e questa eredità antifascista significa portare nella sala delle decisioni un’altra storia della città.
Ciò che queste traiettorie ci raccontano
Queste storie non sono soltanto biografie individuali.
Raccontano una storia collettiva.
Una storia fatta di migrazioni, lotte, speranze e solidarietà che hanno plasmato Losanna tanto quanto le sue istituzioni. Per molto tempo la sinistra riusciva ancora a trovare un minimo denominatore comune per agire insieme.
I diritti sociali e democratici non sono mai stati dei regali. Sono stati conquistati.
Ma raccontare questi percorsi non è un esercizio di nostalgia.
Gianfranco Gazzola lo ricorda spesso: il passato è passato.
Ciò che conta è l’avvenire.
Ricordare queste traiettorie non significa guardare indietro. Significa chiedersi cosa facciamo oggi di questa eredità. Perché una città non è fatta soltanto di edifici e istituzioni. È fatta da donne e uomini che, generazione dopo generazione, decidono che la dignità merita di essere difesa.
E che l’avvenire merita sempre di essere costruito.
Chi sono
Questo blog nasce dal desiderio di raccontare la storia sociale e politica di Losanna e delle persone che l’hanno costruita.
Mi chiamo Joaquim Manzoni e sono candidato alle elezioni comunali di Losanna.
Se volete conoscere meglio il mio percorso e il mio impegno per la città, potete leggere la mia presentazione qui:
