Un poisson d’avril très politique : la pétition « séparatiste » des Montagnes

NEUCHÂTEL

Hier — 1er avril — les deux jeunes pétitionnaires prônant le rattachement des Montagnes au Jura ont récolté 500 signatures. Au total, ils et elles devraient en compter près de 3’500. De loufoque, l’affaire devient sérieuse.

« Madame, c’est pour la séparation entre le Haut et le Bas ». Hier matin devant Espacité, de nombreux passants se sont laissé·e·s interpeller par Julian Dupraz et Joaquim Manzoni, les deux « séparatistes » du Mouvement citoyen pour le Haut. Et celles et ceux qui se sont arrêté·e·s ont signé la pétition prônant le rattachement des districts de La Chaux-de-Fonds, du Locle et du Val-de-Travers… au canton du Jura. Malgré — ou parce que — c’était le 1er avril.

Les deux initiant·e·s n’en reviennent pas de leur succès. Leur coup de gueule lancé lors du carnaval — imaginant notamment la fermeture du tunnel sous la Vue-des-Alpes et l’installation d’un check-point au sommet — a provoqué un véritable effet boule de neige. « Avant d’ouvrir le stand, nous avions déjà près de 3’000 signatures, y compris des promesses de soutien venant du Locle et même de Neuchâtel », expliquait Julian Dupraz. En une heure seulement, une centaine de signatures supplémentaires se sont ajoutées.

Pourquoi ce demi-canular a-t-il pris une telle ampleur ? « Même si c’est le 1er avril, le message est à prendre au sérieux. Le Haut du canton en a par-dessus la tête », résumait le conseiller communal loclois Marcelo Droguett, venu apporter son soutien, tout comme le POP loclois. Pour beaucoup, la goutte de trop a été l’initiative visant à centraliser le site mère-enfant à Neuchâtel. « Nous subissons déjà la délocalisation de l’école d’ingénieurs, et maintenant on remet en cause l’hôpital de La Chaux-de-Fonds ? », s’indigne l’élu, également chirurgien.

Sur Espacité, les réactions étaient majoritairement favorables. « Il faut arrêter de se faire marcher dessus », lançait une retraitée en signant. Un ancien élu radical, goguenard, évoquait même un ancien rêve de rattachement à la France. Quelques personnes ont refusé de signer, jugeant paradoxalement la démarche « pas assez sérieuse ». « Il faudrait refaire la révolution de 1848 ! », glissait l’une d’elles.

La radio s’en mêle

Les pétitionnaires espèrent désormais atteindre les 5’000 signatures, soit davantage que celles requises pour l’initiative officielle sur le site mère-enfant. En cas de succès, elles et ils comptent déposer la pétition au Château, afin de secouer encore un peu les relations entre le Haut et le Bas.

L’écho médiatique a déjà largement dépassé le cadre local. La radio DRS 1, par la voix de son correspondant romand Patrick Mülhauser, a donné la parole aux passant·e·s dans le cadre de l’émission Echo der Zeit. La TSR était également sur place. À Genève, en revanche, la pétition a été perçue comme un simple poisson d’avril. Preuve qu’elle n’est pas prise partout à la légère.