1917–2017 : que faire de l’héritage révolutionnaire ?
1917–2017. Cette année marque le centenaire de la Révolution russe. Si certaines réponses apportées au XXe siècle ont échoué, les questions qu’elles posaient n’ont, elles, rien perdu de leur actualité.
Pour toute personne de gauche, 2017 est une année singulière. Il y a cent ans, un vent d’optimisme révolutionnaire traversait l’Europe. Aujourd’hui, que faire de cet héritage ? Des erreurs ont été commises, parfois tragiques. Et pourtant, faut-il se résoudre à avoir honte de nos idées sous prétexte que des dictatures se sont réclamées d’elles pour assouvir leur soif de domination ?
A-t-on renoncé à l’idée de démocratie après l’échec de 1789, qui déboucha sur la Terreur puis l’Empire ? Si l’URSS et le parti bolchevik ont failli, si la social-démocratie a perdu ses repères, faut-il pour autant « jeter le bébé avec l’eau du bain » ?
Arrêtons-nous un instant sur ces deux héritages majeurs.
Le premier est celui de l’Union soviétique, fondée sur une économie planifiée et centralisée, théoriquement débarrassée du marché. Cette tentative s’est effondrée — non sans pressions extérieures — mais aussi par ses propres contradictions.
Il est toutefois utile de rappeler que l’idée d’une économie planifiée ne naît pas chez Marx. Elle est formulée en 1908 par Enrico Barone, qui n’était ni socialiste ni marxiste. Plus encore, la planification économique trouve ses racines dans l’économie de guerre : fixer des objectifs — industrialisation rapide, productivité, rattrapage — et mobiliser l’ensemble des ressources pour les atteindre. Cette méthode n’a jamais été l’apanage du socialisme. Dans la Russie post-tsariste, il s’agissait aussi de combler un retard historique immense. On connaît la suite.
Le second héritage est celui de la social-démocratie. Pour ses fondateur·rice·s, le socialisme constituait un horizon atteignable par des réformes, au moyen d’une économie mixte. Une question sincère animait alors le mouvement : comment transformer durablement le capitalisme sans retour en arrière possible ?
Après la Seconde Guerre mondiale, cette ambition fut progressivement abandonnée. Le réformisme demeura, mais sans projet de dépassement. En Suisse, le tournant est clair : en 1959, le Parti socialiste suisse efface toute référence marxiste de son programme. Arrivé en tête des élections fédérales de 1955, il fallait prouver sa « bonne volonté » pour entrer au gouvernement.
Dès lors, la social-démocratie s’est contentée d’une politique d’accompagnement, laissant le champ libre au capitalisme. Là aussi, on connaît la fin. Ils ont échoué — mais ils ont essayé.
À notre tour désormais de répondre à cette dégénérescence du laisser-faire, à cet abandon méthodique de toute régulation, de tout contrôle des entreprises qui accumulent les profits. Si nous voulons avoir une chance de succès, il faudra poser les mêmes questions que celles et ceux qui nous ont précédé·e·s — sans nécessairement leur apporter les mêmes réponses.
