Manger n’est pas neutre : pour une agriculture bio, juste et populaire

Soutenir l’agriculture biologique, ce n’est pas une posture morale.
Ce n’est pas un supplément d’âme réservé à celles et ceux qui en ont les moyens.
C’est une question politique, au sens le plus concret du terme.

Car manger, ce n’est jamais neutre. C’est toujours le résultat d’un rapport de forces :
entre producteurs et distributeurs,
entre territoires et marchés mondialisés,
entre santé publique et profits privés.

On nous explique souvent que le bio serait un luxe.
Qu’il faudrait « faire des compromis ».
Mais ces compromis-là, on sait très bien qui les paie :
les agriculteur·ices étranglé·es par les prix,
les consommateur·ices abreuvé·es de produits transformés et, plus tard, l’ensemble de la collectivité à travers les coûts de la santé.

Avant de remplir nos assiettes d’« alicaments », nous devrions pouvoir manger en confiance. Moins de sel, moins de graisses saturées, moins d’huile de palme.
Pas par ascétisme, mais parce qu’une société qui abîme ce qu’elle mange
finit toujours par s’abîmer elle-même.

Prenons un exemple, banal et absurde à la fois :
de la viande produite en Amérique latine,
chargée d’antibiotiques,
achetée par un courtier à Chypre,
envoyée en Roumanie pour être « reconditionnée »,
avant d’arriver en Suisse sous forme de plat préparé.
Voilà le triomphe du marché.
Et l’échec du bon sens.

Ce système n’est pas seulement écologiquement délirant.
Il est socialement injuste et culturellement destructeur.
Il éloigne les paysans de leur métier,
les citoyen·nes de leur alimentation,
et le politique de ses responsabilités.

Soutenir l’agriculture biologique suisse, ce n’est pas regarder le monde de haut.
C’est, au contraire, partir du réel.
Des sols.
Des corps.
Des métiers.
C’est refuser l’idée que l’on ne pourrait plus décider de ce que l’on mange.

Il existe un savoir-faire paysan,
une intelligence pratique,
une culture du territoire qui ne demandent pas à être idéalisées, mais protégées.

Comme l’écrivait Gramsci,
la bataille politique se joue aussi dans le « sens commun ».
Dans ce qui paraît aller de soi.
Aujourd’hui, faire croire que mal manger serait une fatalité, le « privilège des pauvres », c’est une victoire idéologique du marché.

Reprendre la main sur notre alimentation,
c’est donc une forme de reconquête.
Pas spectaculaire.
Mais décisive.

Manger est un acte quotidien.
C’est aussi, qu’on le veuille ou non,
un acte politique.